L'herbier : la Lathrée clandestine.
Au pieds des arbres tels que les peupliers, les saules, mais aussi les aulnes et pourquoi pas le chêne pédonculé, on trouve parfois un beau matin un étonnant tapis de fleurs violettes : la clandestine est arrivée.
Ces fleurs, qui font en moyenne trois à quatre centimètres de long, forment une touffe ou un disque pouvant atteindre un diamètre de cinquante centimètres pour les plus grosses !
C'est ma première rencontre avec ces plantes étonnantes. Les touffes étaient dispersées sous un bosquet de jeunes saules, non loin du canal. Accès difficile, j'ai du ramper pour y arriver. La lumière n'était pas très bonne, mais voici quelques photos "présentables". Il n'y manque qu'une chose, le parfum qu'elles dégagent, il est envoutant.
Cette plante pousse au pied des arbres, tout contre les racines qui plongent dans la terre, et se plaît au bord des cours d'eau, dans la zone où les racines sont en contact fréquent avec l'eau. On la rencontre dans toute la France, avec une prédilection pour l'Ouest, le Massif Central et le Sud-Ouest.
L'absence totale de couleur verte indique que cette plante est une plante parasite, qui n'a pas besoin de chlorophylle. Cela veut dire qu'elle vit aux dépens de l'arbre auprès duquel elle pousse. Elle plonge dans les racines de ce dernier des " suçoirs" proches de ceux du gui, qui vont constituer de petites canules, par lesquelles la sève va passer de la plante hôte au parasite et le nourir, un peu comme lors d'une transfusion.
La clandestine n'a nul besoin de feuilles aériennes pour effectuer une photosynthèse, car son hôte la nourrit. Ses feuilles sont souterraines et écailleuses, et son réseau de racines suceuses très développé enserre étroitement les racines de l'arbre hôte. C'est un rhizome imposant dont le poids peut atteindre plusieurs kilogrammes.
Notons que l'arbre hôte ne souffre aucunement de la présence de son parasite, ce qui distingue la Lathrée clandestine d'autres parasites suceurs comme le gui, qui est un ravageur.
La lathrée clandestine, comme presque toutes les plantes à fleurs, produit des fruits qui contiennent chacun quatre à cinq grosses graines. La pollinisation est possible grâce à l'action du vent, mais c'est le plus souvent à la suite de la visite d'une abeille que le pollen est disséminé de fleurs en fleurs.
Les graines, que la plante est capable de projeter à quelque distance, tombent alors dans l'eau et parcourent le courant jusqu'à échouer sur un site favorable. Elle peuvent aussi être disséminées grâce à l'action d'un oiseau ou même se retrouver au cœur d'une fourmilière, emmenées par une ouvrière. Dans tous les cas, si l'humidité le permet et si la racine d'un arbre hôte se trouve à proximité, une nouvelle clandestine va pouvoir pousser. Il faudra toutefois attendre dix ans avant quelle produise la moindre fleur !
La clandestine, lorsqu'elle a fructifié, n'a plus rien à faire à la surface de la terre. C'est pourquoi elle disparaît jusqu'au printemps suivant. L'été venu, rien ne permet de dire avec certitude que des clandestines poussent au bord de tel ou tel ruisseau, à moins de savoir que ce gros renflement au pied d'un arbre cache en fait un de ses rhizomes. Mais encore faut-il l'avoir repéré au printemps !
